En prétendant donner une leçon au Pape Benoît XVI, le parlement fédéral belge emboîte le pas aux réactions d’une rare virulence à la deuxième moitié de la troisième partie de sa brève allocution. Le pape serait-il autiste ? Préfèrerait-il la mort à la vie ? Traînons ce pontife devant les tribunaux pour non-assistance à personne en danger ! Rappelons notre ambassadeur !
C’est vrai que le pape a dit que le préservatif pouvait avoir un impact négatif. Evidemment, c’est faux dans les circonstances idéales. Utilisé dans ces conditions, l’efficacité du préservatif est proche de 100%. Les protagonistes du préservatif en parlent dans l’absolu et refusent de nuancer son efficacité dans les programmes de prévention. Les protagonistes de l’abstinence et de la fidélité font la même chose : dans l’absolu, ces méthodes sont elles aussi efficaces à 100%. Seulement voila : dans la vie, il y a des accidents de préservatifs, comme il y a des accidents d’abstinence et de fidélité.
Pourquoi tant d’émotion autour de cette petite phrase papale? Et si l’anthropologue Patrick Viveret avait raison ? « L’occidental ne s’aime pas. C’est la raison pour laquelle il se réfugie derrière l’objet » disait-il aux premiers dialogues en Humanité de Lyon en 2004. Sinon, pourquoi la « communauté internationale » limiterait-elle ses priorités en matière de VIH et de SIDA, à l’accès aux seuls moyens matériels de prévention et de soins ? Serait-elle en train de se concentrer sur les éléments qu’elle croit maîtriser ?
Le comble, c’est que les pays Africains n’ont rien demandé. Ils ne savent que trop bien que dans son ensemble, le message du pape reflète la vérité. D’abord, l’argent à lui seul ne résoud pas le problème. Quels résultats « la communauté internationale » peut-elle présenter pour les 8 milliards de dollars investis chaque année dans la lutte contre le sida ? Ensuite, les responsables Africains n’ignorent pas que pour résoudre le problème, les gens devront prendront conscience de leur propre responsabilité et agir par eux-mêmes. Seulement, à cause de la vision matérialiste qui sous-tend les stratégies internationales, les moyens pour stimuler et animer à l’échelle de tous les pays la prise de responsabilité et l’action locales face au sida font cruellement défaut. Or là où ils sont mis en œuvre, les résultats sont réels.
Michel Serres écrit : « N’existe que ce qui est dit » . Sans discussion sur la situation locale, il n’est pas d’action locale. L’on peut donc affirmer que dans beaucoup de pays, dont le nôtre, le SIDA n’existe pas.
Nos parlementaires se rendraient plus utiles en se posant quelques questions concernant la situation en Belgique. Peuvent-ils rassurer le contribuable quant au rapport coût-efficacité des programmes belges (fédéral, régionaux, communautaires) de soin et de prévention ? Quels programmes permettent à tous les jeunes belges de prendre conscience de leurs propres vulnérabilités et d’agir pour les réduire ? Comment se fait-il que des belges meurent du SIDA faute de soins alors qu’ils y ont accès gratuitement? Et puisque nous nous prétendons solidaires, dans quelle mesure assurons-nous l’accès aux services de soins et de prévention pour les demandeurs d’asile et les personnes en situation illégale?
Réapprenons la modestie tant qu’il en est encore temps. Notre opulence relative ne nous donne pas le droit de nous ériger en experts.
publié le 8 avril 2009 dans la
Libre Belgique
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